| | LE PROCES DE LOUIS XVI ( 3 décembre 1792) | |
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Robert Nyst Admin

Age : 57 Inscrit le : 15 Fév 2007 Messages : 746 Localisation : Belgique Qualification : Technicien dentaire indépendant
| Sujet: LE PROCES DE LOUIS XVI ( 3 décembre 1792) Ven 27 Juil - 7:46 | |
| DISCOURS DE MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE A LA CONVENTION SUR LE PROCES DE LOUIS XVI ( 3 décembre 1792)
« Il n'y a point de procès à faire. Louis n'est point un accusé, vous n'êtes point des juges ; vous êtes, vous ne pouvez être que des hommes d'Etat et les représentants de la nation. Vous n'avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de Providence nationale à exercer. (On applaudit.) Quel est le parti que la saine politique prescrit pour cimenter la République naissante ? C'est de graver profondément dans les coeurs le mépris de la royauté, et de frapper de stupeur tous les partisans du roi. Donc, présenter à l'univers son crime comme un problème, sa cause comme l'objet de la discussion la plus imposante, la plus religieuse, la plus difficile qui puisse occuper les représentants du peuple français, mettre une distance incommensurable entre le seul souvenir de ce qu'il fut, et la dignité de citoyen, c'est précisément avoir trouvé le secret de la rendre encore plus dangereux à la liberté. Louis fut roi, et la République est fondée. La question fameuse qui vous occupe est décidée par ces seuls mots : Louis est détrôné par ses crimes ; Louis dénonçait le peuple français comme rebelle ; il a appelé, pour le châtier, les armes des tyrans ses confrères. La victoire et le peuple ont décidé que lui seul était rebelle. Louis ne peut donc être jugé, il est déjà condamné ; il est condamné, ou la République n'est point absoute (Applaudissements). Proposer de faire le procès de Louis XVI, de quelque manière que ce puisse être, c'est rétrograder vers le despotisme royal et constitutionnel ; c'est une idée contre-révolutionnaire car c'est mettre la révolution elle-même en litige. En effet, si Louis peut être encore l'objet d'un procès, Louis peut être absous ; il peut être innocent ; que dis-je ! il est présumé l'être jusqu'à ce qu'il soit jugé. Mais si Louis peut être présumé innocent, que devient la révolution ? N'est-elle pas encore incertaine et douteuse ? Si Louis est innocent, tous les défenseurs de la Liberté deviennent des calomniateurs et les rebelles étaient les amis de la vérité et les défenseurs de l'innocence opprimée ; tous les manifestes des Cours étrangères ne sont que des réclamations légitimes contre une faction dominatrice ; la détention même que Louis a subie jusqu'à ce moment est une vexation injuste ; les fédérés, le peuple de Paris, tous les patriotes de l'empire français sont coupables, et le grand pendant au tribunal de la nature, entre le crime et la vertu, entre la liberté et la tyrannie, est enfin décidé en faveur du crime et de la tyrannie. Citoyens, prenez-y garde, vous êtes trompés ici par de fausses notions. Vous confondez les règles du droit civil et positif, avec les principes du droit des gens ; vous confondez la relation des citoyens entre eux avec les rapports des nations à un ennemi qui conspire contre elles ; vous confondez encore la situation d'un peuple en révolution, avec celle d'un peuple dont le gouvernement est affermi... Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires ; ils ne vendent point de sentences, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les rois, ils les replongent dans le néant, et cette justice vaut bien celle des tribunaux. Si c'est pour son salut que le peuple s'arme contre ses oppresseurs, comment serait-il tenu d'adopter un mode de les punir qui serait pour eux un nouveau danger ? Nous nous sommes laissé induire en erreur par des exemples étrangers qui n'ont rien de commun avec nous. Que Cromwell ait fait juger Charles Ier par une Commission judiciaire, dont il disposait ; qu'Elisabeth ait fait condamner Marie d'Ecosse par des juges, il est naturel que les tyrans qui immolent leurs pareils, non au peuple, mais à leur ambition, cherchent à tromper l'opinion du vulgaire par des formes illusoires ; il n'est question là ni de principes, ni de liberté, mais de fourberie et d'intrigues. Mais le peuple, quelle autre loi peut-il suivre, que la justice et la raison, appuyées de sa toute puissance ? »
in Moniteur universel, n° 340 du 5 décembre 1792, p.1441. http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/france.revolution.1789.html _________________ « Dans le désert si vous voulez de l’eau fraîche laissez-la s’évaporer ! » http://www.dentaire.com/AlliagesPorositesBrasuresEtPorcelaines.pdf http://users.telenet.be/sous.la.poussiere.des.grimoires/ |
|  | | Robert Nyst Admin

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| Sujet: Protestation d'un serf du Mont-Jura Ven 27 Juil - 7:56 | |
| Voici un très intéressant texte de Christin, philosophe, élève de Voltaire. Ecrit à la veille du 4 août 1789, c'est un tableau polémique du Haut-Jura (région de Saint-Claude), un réquisitoire contre l'état de servitude représenté par la mainmorte (le fait de ne pas disposer de ses biens, de ne pas pouvoir hériter). Christin est avocat et c'est une vraie plaidoirie qu'il écrit ici.
http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/france.revolution.1789.html Protestation d'un serf du Mont-Jura, contre l'assemblée des notables, le Mémoire des princes du sang, le clergé, la noblesse et le Tiers-Etat, AU ROI Par le marquis de Vil 1789 __________________________________________________________________ Enfin les grandes affaires de l'Etat sont décidées. Les lettres de convocation vont partir. Les Elus, d'accord sur le fond, n'auront plus, qu'à remplir le formulaire des préséances, des signatures & des Compliments. Les droits du Tiers-Etat sont reconnus. Il est admis en nombre égal aux deux premiers ordres. La Noblesse & le Clergé, sans rien restituer pour le passé, vont à l'avenir, payer comme le peuple. Dans cette heureuse révolution, nous allons voir le mérite personnel du plébéien, mis en balance avec les prérogatives du Gentilhomme. Une seule question reste dans l'oubli : C'est la servitude. On cherche à faire croire dans la capitale, qu'elle n'existe plus dans les Provinces. J'ose élever la voix pour défabuler le public. Mais lorsque l'on assemble la grande famille de l'Etat ; le serf du Mont-Jura fait-il partie du troisième ordre ? Sera-t-il admis dans cette assemblée de la Nation ? Il est vrai qu'avant d'en faire un citoyen, il faut en faire un homme libre. Je le compare à ce malade qui vient consulter Boerhave, & lui demander la santé. La santé, lui dit ce grand médecin, l'envisageant avec ses yeux de feu ! auparavant, demandez-moi la vie, car vous allez mourir. Qu'il me soit donc permis d'être aujourd'hui le représentant des pauvres serfs, & de déplorer humblement au pied du trône leurs doléances et ma protestation ! Le coeur paternel du monarque bienfaisant sera touché du simple récit des mots que l'on fait souffrir à ses malheureux sujets. Il a été reconnu et vérifié à l 'intendance de Besançon, que les impositions royales, Tailles, Capitation, Vingtièmes, dans le Mont-Jura, vont année commune, & pour chaque particulier, au tiers du produit des terres. Le Seigneur-Ecclésiastique perçoit, à chaque récolte, avant le Roi, en nature et sur le sol, la onzième partie du même produit des terres. Le curé, dans chaque Paroisse, exerce un droit, qu'il appelle la moisson , & qu'il fait payer sur le pied du cinquantième du produit des terres. Le sol ne rend pas plus de quatre pour un des semences qui lui sont confiées. Sur la récolte annuelle, il faut encore prélever un quart, pour couvrir le labour de l'année suivante. Toutes ces Perceptions, un tiers, un onzième, un cinquantième, un quart, prises collectivement, font en somme plus du deux-tiers du produit des terres. Et comme les meilleures Provinces de France offrent au premier venu des terrains cultivés à la moitié, il résulte de ce calcul que les habitants du Jura ont un intérêt manifeste à déserter le pays. Je compte pour rien tous les fléaux de la Nature, qui se joignent si souvent chez eux aux cruautés des hommes ; les intempéries des saisons, les sécheresses, les ravages de la grêle & des tempêtes, qui ont leur foyer dans ces hautes montagnes. Mais, nous compterons pour quelque chose deux ou trois mois de Corvée qu'ils sont obligés de faire chaque année, pour construire ou réparer une étendue de soixante lieues de routes sablées, que vous voyez, au loin, se dessiner en écharpe sur le dos des montagnes, & qui embrassent le Mont-Jura dans tous les sens. Nous ajouterons que, chaque année, les garçons, depuis seize jusqu'à quarante ans, sont décimés par la milice, & qu'il est rare de trouver une famille qui n'ait un homme au service du Roi. Nous ajouterons que, dans toute la contrée, il est impossible au Pauvre de trouver à louer ses bras ; à travailler, comme on dit, à la journée. Nulle rivière navigable, nul produit national, nulle manufacture, nul Riche, nul bienfait. Aux beaux jours de juillet, maigres comme la mort, blanchis comme le temps et la faux à la main, ils descendent en troupe dans les plaines marécageuses de la Bresse, dans les gras pâturages de Châlons. Ils y passent quelques semaines à couper les foins : ils y gagnent douze sous par jour, & les fièvres, qu'ils rapportent dans leurs montagnes ; & s'il arrive qu'après neuf mois ils en guérissent, c'est tout juste pour y retourner. Quelles sont donc les ressources de ces Colons que l'on pressure de la sorte ? Une terre si fertile, si froide, que le noyer, le chêne même ne saurait y germer. Les sapins en touffes épaisses, le foyard isolé, y couvrent seuls le revers de la montagne. Nulle espèce d'arbres fruitiers, nulle espèce de légumes. Le champ le mieux fécondé ne produit qu'un peu d'orge & d'avoine ; & le même grain y nourrit à la fois le Mainmortable & son cheval. Si les rochers dépouillés se couronnent, çà & là, d'un buis verdoyant, les habitants viennent l'arracher à la dérobée, pour en vendre jusqu'aux racines. Les cabanes éparses sont quelquefois distantes d'une lieue. Nulle communication pendant la mortelle saison ; nuls secours contre les crises & les accidents de la nature. L'hiver y dure souvent huit mois. Le thermomètre vient d'y descendre au-dessous de vingt six degrés. Ce qui en Laponie, paraissait un phénomène aux yeux de Maupertuis, n'en est point un dans le Haut-Jura. Les Neiges, quelques fois hautes de quatre & cinq pieds, y gèlent tellement, que la surface y forme une croûte épaisse, capable de porter les hommes & les voitures. Le Mainmortable à son lever, ne voit autour de ses étables que des colonnes de glaçons qui pendent des toits, & la trace toute fraîche des loups affamés qui viennent à l'huis des portes, flairer les animaux ; ou le passage des ours qui forment le Tiers-Etat du pays. Il est permis aux habitants de se laisser dévorer ; mais il leur est défendu d'avoir une arme à feu. Ils prennent donc le parti de laisser aller ces voyageurs nocturnes & mal léchés, ou de vivre avec eux en bons voisins. Quelquefois cependant il les attaque corps à corps, les tuent à coup de hache, & les mangent. Une peau d'ours s'y vend trois livres, parce qu'on n'en sait pas le prix. On n'est point assez instruit pour en faire une fourrure, ni assez délicat pour dédaigner une chair si peu digestive. Tel homme, au Jura, n'a porté de la vie que des sayons de Chanvre, dont sa femme a été la tisseuse, & lui le tisserand : tel autre n'a bu de vin que le jour de ses noces. C'est au sein de ces déserts, que l'on trouve cependant la gaîté, la paix et les moeurs. Dans un air si pur, l'homme atteindrait à l'âge des patriarches, si toutes les exactions qu'on y commet, au nom de sa Majesté, si toutes les horreurs du fisc épiscopal n'y perpétuaient, n'y avaient naturalisé le malheur & le désespoir ; ce qui faisait dire à un vieillard : Ah ! si le bon dieu était le maître, nous y vivrions longtemps ! C'est la même atmosphère qui a produit les idées vigoureuses de J.J Rousseau, comme les plantes du pays, & qui a organisé la tête de monsieur Necker. C'est dans cette région salubre que l'homme de guerre va choisir les chevaux qui traînent l'artillerie de l'Armée, & l'homme des champs, les boeufs qui sillonnent la plaine. C'est dans ces vallées ombreuses que la chèvre nourrie de serpolet, de genièvre & de ramée, la génisse, de fleurs odorantes, y donnent un lait abondant & balsamique. De belles vierges, à la pudeur naïve, aux joues colorées, les bras nus, y pétrissent en riant ces meules énormes de Fromages, que l'on rencontre sur des files de petits chariots, & que les Montagnons laborieux vont débiter jusqu'aux extrémités du Royaume. Ces images si douces, ces bienfaits de l'industrie rurale, la patience & le courage de vingt mile villageois ne mériteraient-ils pas enfin la pitié du Gouvernement ? ne mériteraient-ils pas d'être affranchis de cette horrible mainmorte qui, pendant la vie, arrache au malheureux serf une partie du prix de ses immeubles ; & qui vient, à la mort, confisquer son héritage. Quoi de plus atroce, & en même temps de plus dérisoire ! Il n'existe qu'un seul moyen légal de se libérer de la servitude, de se racheter de cette tache aussi indélébile que le péché originel ; les bons esprits, sans doute refuseront de le croire : c'est de faire signifier juridiquement au noble chapitre, au seigneur-prélat, que l'on abandonne, que l'on remet en ses mains tout ce que l'on possède en meubles & en biens-fonds ; c'est de ne garder que les seuls vêtements, & de sortir du pays. Suivant un usage de douze cents ans, suivant les jurisconsultes les plus instruits de cette triste science, le Roi lui-même n'est pas le maître d'affranchir un Serf sans la patente de son seigneur. Un serf est une propriété, un esclave, une bête de somme. Un serf, fût-il élevé à la pourpre, ne serait point affranchi par son éminente dignité. Un homme libre, un Voyageur qui demeure un an & un jour dans cette odieuse coutume, contracte la macule de la servitude. Un fils marié, qui sort de la maison de son père pour habiter avec sa jeune épouse, au bout d'un an et un jour perd son héritage paternel. Celui qui voit mourir ses enfants & sa femme, après vingt ans de mariage, doit porter au seigneur la dot entière qu'il a reçue. Cette terre maudite est le seul coin du Royaume où les droits de lods soient perçus sans remise, & portés au quart, au tiers, & quelque fois à la moitié du prix de la vente. Mais, diriez-vous, à qui faut-il donc payer un tribut si exorbitant ? Est-ce à un vainqueur qui, par droit de conquête, rançonne, comme Frédéric, les peuples soumis à ses armes ? Est-ce à des patriotes valeureux, dont les braves ancêtres ont servi cette terre à la France au prix de leur sang ? Est-ce au souverain lui-même, dans ces jours de détresse publique ? Non ; c'est à des prêtres ! Et quels sont leurs titres ? Accueillis par Romain & Lupicin dans cette solitude, au troisième siècle ; abrités sous le rocher du Bugnon comme les pères du désert dans la Thébaïde ; ensuite tondus & soumis à la règle de Saint-Benoît ; ensuite enrichis et brevetés par des rois superstitieux ; ensuite sécularisés & parés d'une croix d'or, par Jean d'Autriche ; de besaciers qu'ils étaient, devenus seigneurs, ils ont su, de siècle en siècle, faire adroitement confirmer ces monstrueux privilèges par leurs souverains successifs, Bourguignons, Espagnols, ou français, à chaque avènement au trône. Il y a soixante ans que le nom de Saint-Claude n'existait que dans le calendrier. Cette petite Ville s'appelait Saint-Oyen-de-Joux, ( Saint-Oyen-de-la-Montagne ) & plus anciennement Condat. On objectera, peut-être, que Louis XI en a fait le pèlerinage ; qu'il a comblé de biens ce célèbre monastère ; & que tous les jours on y chante une messe pour le repos de son âme. A la bonne heure, si c'était l'âme de Louis XII ; mais pour le repos de l'âme du Néron de la France ! On objectera encore que c'est un chapitre noble, & qu'il lui faut de grands privilèges. Je sais bien que Bossuet lui-même, ce père de l'Eglise gallicane, malgré sa noblesse de robe, & sa divine éloquence, n'y aurait pas été admis à siéger dans le choeur, à côté d'un cadet de la famille Savoyard, Auvergnat, ou Gascon. On dira surtout que la plus grande partie de la Franche Comté est encore soumise à la même servitude. Triste consolation que le spectacle des mots maux d'autrui ! Mais quelle différence dans le traitement des serfs du Mont-Jura, & dans le régime des serfs de la Plaine ! Ici, le Noble séculier, dont la terre mainmortable est un patrimoine héréditaire, ne manque point de ménager ses vassaux, de leur alléger le joug de la servitude, d'améliorer un héritage qui doit être celui de ses enfants. Là, le noble ecclésiastique, le seigneur-viager, ne voit dans son bénéfice, que le temporel & l'usufruit. Le premier asseoit son château dans son domaine, & vit en bon père de famille au milieu des siens : le second ne vise qu'à la perception pécuniaire. Il abandonne ses ouailles à la voracité des procureurs fiscaux, à l'immoralité de ses gens de chicane, prie Dieu pour elles, & ne les voit jamais. Dans tous les pays du monde, depuis la primitive Eglise, suivant le droit civil et le droit canon, les dîmes sont affectées pour servir de salaire à ceux qui font le service divin. Au Mont-Jura, par une exception unique, par un privilège moins féodal que sacerdotal, le seigneur perçoit les dîmes comme seigneur et les garde comme évêque. Il faut que les croyants éloignés de leur paroisse titulaire, s'ils veulent être baptisés mariés, enterrés ; s'ils veulent sanctifier le dimanche, & remplir les devoirs du catholique ; il faut que, sous le bon plaisir de Sa Grandeur, ils louent, de leurs deniers, un Catéchiste, un desservant ! Le seigneur-évêque tient à la fois l'encensoir & la main de justice. Son tribunal, décoré du nom de grande judicature, a les prérogatives des grands baillages ; il en nomme les officiers, & commande la maréchaussée. A l'âpreté du climat, aux vexations ministérielles, au despotisme des prêtres, se joint encore le brigandage impuni des commis de la ferme. Cette meute d'employés, nuit & jour lâchés dans les montagnes, qui vont assaillir, détrousser les passants, pour deux livres de poudre ou de tabac, livrent la misère & l'innocence au fer du bourreau, à l'ignominie des galères. Il ne manque plus à ce malheureux pays que les rats de cave & le papier timbré. La Franche-Comté renferme cinq cents Terres, a cinq cents seigneurs : vingt deux seulement sont dévoués au Roi, & reconnaissent les droits du peuple. Ils viennent de donner encore un exemple éclatant de patriotisme. Les parlementaires, les vautours de Thémis, ont déchiré cet acte d'adhésion. Magistrats mercenaires, égoïstes ignorants, ils soufflent les typhons de la discorde ; ils lèveraient l'étendard de la révolte, plutôt que de rien perdre de ce qui peut arracher cette province à la servitude, à la féodalité. Le Prince accorde à ses sujets un représentant par vingt mille hommes. Vingt mille mainmortables n'auront ils pas un député ? Cette pétition semble appartenir rigoureusement à la justice distributive. C'est un serf du Jura qui doit représenter les serfs, ses pairs. Qui pourrait mieux peindre la douleur que celui qui la souffre ! Si Louis XVI accueille avec bonté cette réclamation, il verra le montagnard éloquent, gigantesque & mal accoutré, venir plaider lui-même la cause abandonnée de son pays, dans l'assemblée des Etats-Généraux ; comme au temps de Marc Aurèle, le paysan du Danube vint haranguer le sénat romain." _________________ « Dans le désert si vous voulez de l’eau fraîche laissez-la s’évaporer ! » http://www.dentaire.com/AlliagesPorositesBrasuresEtPorcelaines.pdf http://users.telenet.be/sous.la.poussiere.des.grimoires/ |
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| Sujet: Marquis de FERRIERES Ven 27 Juil - 8:05 | |
| LA NUIT DU 4 AOUT
« Versailles, 7 août 1789. http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/france.revolution.1789.html
Monsieur, la séance du mardi au soir, 4 août, est la séance la plus mémorable qui se soit tenue jamais chez aucune nation. Elle caractérise le noble enthousiasme du Français. Elle montre à l'univers entier quelle est la générosité et les sacrifices dont il est capable, lorsque l'honneur, l'amour du bien, l'héroïsme du patriotisme, le commandent.
M. le Vicomte de Noailles fit une motion, et demanda que les droits de banalité, rentes nobles foncières, droits de minage, exclusifs de chasse, de fuie, colombier, cens, redevances, dîmes, rachats, tous droits qui pèsent sur le peuple, et sont la source des déprédations des justices subalternes, des vexations des officiers, puissent être rachetés à un taux fixé par l'Assemblée nationale. Le comte Mathieu de Montmorency appuya fortement cette motion. Plusieurs membres de la Haute Noblesse se joignirent à lui. Les ducs d'Aiguillon, du Châtelet, proposèrent que, dès le moment, la Noblesse et le Clergé prononçassent le sacrifice de leurs privilèges pécuniaires. Le président de Saint-Fargeau ajouta qu'ils consentissent à faire rétrograder le sacrifice, pour les six derniers mois de 1789.
Les circonstances malheureuses où se trouve la Noblesse, l'insurrection générale élevée de toutes parts contre elle, les provinces de Franche-Comté, du Dauphiné, de Bourgogne, d'Alsace, de Normandie, de Limousin, agitées des plus violentes convulsions, et en partie ravagées ; plus de cent cinquante châteaux incendiés ; les titres seigneuriaux recherchés avec une espèce de fureur, et brûlés ; l'impossibilité de s'opposer au torrent de la Révolution, les malheurs qu'entraînerait une résistance même inutile ; la ruine du plus beau royaume de l'Europe, en proie à l'anarchie, à la dévastation ; et, plus que tout cela, cet amour de la patrie inné dans le coeur du Français, amour qui est un devoir impérieux pour la Noblesse, obligée par état et par honneur, de dévouer ses biens, sa vie même pour le Roi et pour la Nation, tout nous prescrivait la conduite que nous devions tenir ; il n'y eut qu'un mouvement général. Le Clergé, la Noblesse se levèrent et adoptèrent toutes les motions proposées. Les témoignages les plus flatteurs de reconnaissance furent prodigués. Mais c'était le moment de l'ivresse patriotique. Différentes motions se succèdent avec rapidité (...). Les députés de Paris renoncent pour la capitale à ses privilèges ; ceux des villes de Bordeaux, Lyon, Marseille suivent le même exemple ; les députés des provinces privilégiées, la Bretagne, la Bourgogne, le Dauphiné, l'Artois, la Franche-Comté, la Provence, le Languedoc, le Boulonnais, la principauté d'Orange, le Cambrésis, l'Alsace, le pays de Dombes, s'avancent tour à tour au bureau, et prononcent solennellement, au nom de leurs provinces, la renonciation formelle à tous droits, privilèges, exemptions, prérogatives, demandant d'être assimilés aux autres provinces de France. Vous jugez de l'enthousiasme dans lequel ce généreux abandon fut reçu. Je n'essaierai point de vous peindre les transports, la joie ; une foule immense de spectateurs la partageait ; des cris, des « Vive le roi ! », des battements de mains !
Cette réunion d'intérêts, cette unité de toute la France à un même but (l'avantage commun de tous) que douze siècles, la même religion, le même langage, l'habitude des mêmes moeurs, n'avaient pu opérer ; que le ministre le plus habile, le plus puissant, n'aurait pu effectuer, après dix années de soins et de travaux, se trouvait tout à coup formée, sanctionnée à jamais. (...)
Voici les principaux détails de cette mémorable séance. Que Messieurs les gentilshommes du Mirabelais et Richelais considèrent que cette facilité donnée aux censitaires, de rembourser les droits féodaux, n'est pas aussi contraire à leurs intérêts qu'ils pourraient le penser au premier aperçu. (...) Il eût été inutile, dangereux même pour vous, de s'opposer au voeu général de la nation. C'eût été vous désigner, vous et vos possessions, pour victimes de la fureur de la multitude ; c'eût été vous exposer à voir incendier vos maisons. Soyez persuadé que notre petite sénéchaussée est, jusqu'à présent, celle qui a éprouvé le moins de troubles et de malheurs ; j'ose dire que j'ai cherché, par tous les moyens de douceur et de prudence, à éviter de vous compromettre. Je conjure donc Messieurs de la Noblesse de ne point blâmer publiquement l'arrêté de l'Assemblée nationale, et de mettre dans leurs discours, une prudence, une circonspection d'où dépend leur tranquillité, et peut-être le salut général du royaume. »
Marquis de FERRIERES (député de la noblesse de Saumur aux Etats Généraux), Correspondance inédite, 1789, 1790, 1795, publiée et annotée par H. Carré, Paris, A. Colin, 1932, pp.113-119. _________________ « Dans le désert si vous voulez de l’eau fraîche laissez-la s’évaporer ! » http://www.dentaire.com/AlliagesPorositesBrasuresEtPorcelaines.pdf http://users.telenet.be/sous.la.poussiere.des.grimoires/ |
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